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D’aucuns voient la plage comme un territoire baigné de lumière, un lieu clair et sans ambiguïté. Des contours nets, des couleurs vives et des sensations toujours identiques, reconnaissables. La plage de carte postale. Et ben pas ici.
Ici, quand les silhouettes ne sont pas effacées, elles font partie du paysage. La mer rejoint le sable, lui-même relié indistinctement au ciel. Ici, vous êtes plus sur le Hollandais volant qu’à Saint-Trop’, à ceci près qu’aucun crâne putréfié ne viendra vous menacer. Ces fantômes sont plutôt bienveillants, ils viennent seulement évoquer notre vie de tous les jours, nos étés d’habitude. Pour nous interroger, dévoyer cet endroit que nous croyions si bien connaître. Que savons-nous de ce qui nous entoure ? La face cachée de Meschers, comme un jeu de l’envers.
Euh sinon, ce n’est peut-être simplement qu’une série de photos noir et blanc volontairement surexposées, en pose longue. Des gens, du sable, de l’eau et de la lumière, en somme. Ou encore autre chose, qui sait ?
Ayant passé récemment un petit week-end à Biarritz, je suis rentré chez moi avec quelques images. Bien entendu, le temps était mauvais et orageux, mais cela produit parfois de jolies lumières. En vrac, de la plage et des embruns, un peu de solitude et un peu de compagnie, quelques couleurs fades et du noir et blanc. La ville n’est pas particulièrement belle, si ce n’est les quelques restes de nature qui subsistent ici et là. Je vous invite donc, dans mes pas, à une petite visite éclair et, bien entendue, très subjective.
La rouille dispute le territoire avec la végétation, qui se réapproprie à son tour les murs taggués par les visiteurs occasionnels. Cet entrepôt n’est pourtant pas abandonné. Restons dans l’univers ferrovière : il appartient à la SNCF et sert d’espace de stockage pour panneaux, bobines de câble et autres machins dont on ne sait que faire. Il est cerné de tous côtés par les voies, les unes corrodées et les autres polies par le passage régulier des TGV. La peinture écaillée, le lierre, les briques et la lumière qui pénètre par les rares espaces encore épargnés par les feuilles sont les attributs du bâtiment abandonné et créent cette ambiance caractéristique. Calme et immobilité, juste troublés périodiquement par le passage des trains. Une visite guidée un soir d’été, les images datent de trois ans mais je gage que le lieu n’a guère changé depuis.
Pour notre troisième virée à Angers, nous allons nous déplacer dans les communes avoisinantes où se trouvent les anciennes ardoisières. Les puits à l’abandon et les poteaux électriques, dépourvus de tout fil à supporter, se dressent toujours vers les nuages. Les silhouettes noires sont parfois fatiguées, penchées par le poids des âges. A Trélazé, capitale de l’ardoise d’Angers, le matériau est encore exploité, et ces espaces abandonnés sont comme des cicatrices. Le sol moussu est jonché de petit morceaux d’ardoise et reflète étrangement le soleil. Des sortes de terrils constitués de gros blocs d’ardoise voisinent avec de profonds trous d’eau d’un bleu sombre. Le lieu a été travaillé, creusé, ratissé, organisé, il n’a rien de naturel. Pourtant, la nature s’est à nouveau imposée en lui donnant un aspect de vestige, ou le transformant en massif montagneux miniature avec ses vallons et ses pics. Par chance, la lumière me paraissait idéale pour visiter un tel site : clair après-midi d’hiver, ciel d’un bleu pur, lumière basse et éclatante d’hiver…
Et une deuxième série, pour le plaisir, sur le quartier de la Doutre blotti contre la Maine. Le jardin médiéval du Musée Jean Lurçat, les rues et deux vues sur l’intérieur d’un atelier où l’on peut apercevoir quelques photographies épinglées et quelques travaux de poterie.







